Divorce : les hommes souffrent aussi, mais souvent en silence
Les hommes souffrent eux aussi après un divorce, mais l’expriment parfois autrement. Père, solitude, colère, perte de repères : cinq outils pour commencer à se reconstruire.
Quand un couple se sépare, il existe une scène que l’on connaît bien.
Elle pleure. Elle appelle une amie. Elle raconte. Elle cherche à comprendre. Elle consulte parfois un thérapeute, un coach ou rejoint un groupe dans lequel elle peut déposer ce qu’elle traverse.
Et lui ?
Il répond souvent :
« Ça va. »
Deux mots particulièrement pratiques pour fermer une conversation.
Il travaille. Il règle les problèmes matériels. Il appelle l’avocat. Il cherche un appartement. Il récupère les enfants. Il répond aux messages. Il fait parfois du sport un peu plus qu’avant. Il sort davantage. Ou au contraire, il disparaît doucement des radars.
Vu de l’extérieur, il tient.
À l’intérieur, c’est parfois une autre histoire.
Parce que les hommes souffrent eux aussi après une séparation ou un divorce. Simplement, leur souffrance ne prend pas toujours la forme que nous avons appris à reconnaître.
Quand un homme ne pleure pas, cela ne signifie pas qu’il ne souffre pas
Nous avons encore une représentation assez étroite de la souffrance.
Quelqu’un qui pleure va mal.
Quelqu’un qui parle de ses émotions va mal.
Quelqu’un qui demande de l’aide va mal.
Mais un homme qui travaille douze heures par jour, dort quatre heures, court quinze kilomètres tous les soirs et répond « tout va bien » ?
Il est courageux.
Peut-être.
Ou peut-être essaie-t-il simplement de ne jamais rester suffisamment immobile pour entendre ce qui se passe à l’intérieur.
Tous les hommes ne réagissent évidemment pas de la même manière. Certains parlent énormément, pleurent, sollicitent leur entourage et demandent de l’aide très rapidement.
Mais beaucoup ont appris très tôt à transformer leur vulnérabilité en action.
Il faut régler.
Décider.
Trouver une solution.
Avancer.
Une séparation pose alors un problème particulier : certaines choses ne peuvent pas être réparées avec une clé de 12 et un tableau Excel.
Perdre son couple, mais parfois aussi une partie de sa vie quotidienne
La séparation peut provoquer chez un homme une succession de pertes que son entourage ne perçoit pas toujours immédiatement.
Il perd sa compagne.
Mais il peut aussi quitter la maison dans laquelle il vivait depuis quinze ans.
Ne plus entendre ses enfants se lever tous les matins.
Ne plus être là pour le petit-déjeuner.
Ne plus savoir spontanément ce qui s’est passé à l’école.
Découvrir une chambre silencieuse le mercredi où ils ne sont pas là.
Puis devoir reconstruire un chez-soi dans un appartement où trois cartons attendent encore d’être ouverts.
Le plus étrange est que personne ne lui demandera nécessairement comment il vit ce silence.
On lui demandera plutôt :
« Alors, tu as trouvé un appart ? »
La question est importante.
Mais elle ne raconte qu’une infime partie de ce qui vient de s’effondrer.
Le père séparé et la douleur des jours sans enfants
Pour certains pères, c’est l’un des bouleversements les plus violents de la séparation.
Hier, les enfants faisaient partie du décor quotidien.
Le bain. Les devoirs. Les chaussettes abandonnées dans le salon. Les négociations absurdes pour aller se coucher. Les céréales renversées trois minutes avant de partir à l’école.
Puis arrive un calendrier.
Cette semaine avec eux.
Cette semaine sans eux.
Et parfois cette phrase étrange :
« Tu les as ce week-end ? »
Comme si l’on parlait d’une réservation.
Il faut du temps pour apprivoiser cette nouvelle parentalité discontinue.
Certains pères remplissent immédiatement les jours sans enfants. D’autres les redoutent. Certains éprouvent même une culpabilité inattendue lorsqu’ils commencent à apprécier un peu cette liberté retrouvée.
On peut manquer terriblement à ses enfants et apprécier un samedi matin silencieux.
Les deux sentiments peuvent parfaitement cohabiter.
Outil 1 : ritualiser le passage entre les deux semaines
Plutôt que de subir le contraste entre « avec les enfants » et « sans les enfants », créez un rituel personnel lors de leur départ.
Une promenade. Une séance de sport. Un café dans un endroit particulier. Une activité programmée.
Pas pour oublier les enfants.
Pour signifier intérieurement :
« Une autre partie de ma semaine commence. »
Cela évite que le premier soir sans eux devienne systématiquement une salle d’attente jusqu’à leur retour.
« Je ne vais quand même pas raconter ma vie »
Il existe encore entre hommes une forme assez particulière d’amitié.
On peut passer quatre heures ensemble, refaire le championnat de football, parler voitures, politique, boulot, barbecue et taux d’intérêt immobilier, puis repartir sans avoir mentionné que l’on dort très mal depuis trois mois.
Cela ne signifie pas que l’amitié masculine est superficielle.
Souvent, elle fonctionne autrement.
La présence compte énormément.
Faire quelque chose ensemble permet parfois de parler sans avoir l’impression d’être convoqué à une séance d’introspection.
Le problème apparaît lorsque personne ne sait réellement ce que l’homme traverse.
Parce qu’à force de vouloir protéger les autres de sa souffrance, il peut finir par s’isoler avec elle.
Outil 2 : choisir une personne à qui ne pas répondre « ça va »
Pas dix personnes.
Une.
Un frère. Un ami. Un collègue proche. Un professionnel.
Quelqu’un avec qui vous décidez que, lorsqu’il demande :
« Comment tu vas vraiment ? »
vous ne répondrez pas automatiquement :
« Ça va. »
Vous n’avez pas besoin de raconter votre divorce pendant deux heures.
Commencez simplement par une phrase vraie.
« En ce moment, les soirées sont difficiles. »
C’est déjà une porte ouverte.
La colère est parfois plus facile à montrer que la tristesse
Après une séparation, certains hommes semblent surtout en colère.
Contre leur ex.
Contre l’avocat.
Contre la justice.
Contre la nouvelle organisation.
Contre le nouveau compagnon.
Contre le monde entier certains jours.
La colère possède un avantage : elle donne une sensation de puissance lorsque l’on se sent impuissant.
Elle permet d’agir.
La tristesse, elle, oblige davantage à reconnaître ce qui a été perdu.
Derrière :
« Elle m’a tout pris »
se cache parfois :
« Ma vie ne ressemble plus du tout à ce que j’avais imaginé. »
Derrière :
« Je ne veux plus entendre parler d’elle »
peut aussi exister :
« Je ne comprends pas comment quelqu’un avec qui j’ai vécu vingt ans peut devenir presque un étranger. »
Reconnaître la tristesse ne retire rien à la colère légitime.
Cela permet simplement de comprendre ce qu’elle protège.
Outil 3 : terminer la phrase
Prenez une feuille et écrivez :
« Ce qui me met le plus en colère dans cette séparation, c’est… »
Puis :
« Et si j’enlève la colère, ce qui me fait réellement mal, c’est… »
N’essayez pas d’écrire quelque chose d’intelligent.
Écrivez ce qui vient.
La deuxième réponse est souvent beaucoup plus intéressante que la première.
Le piège de vouloir immédiatement prouver que l’on va bien
Nouvelle voiture.
Nouveau corps.
Nouveau logement.
Nouveaux voyages.
Nouvelle relation.
Rien de tout cela n’est un problème.
Après une séparation, retrouver du plaisir est même une excellente nouvelle.
La question est ailleurs :
pour qui faites-vous tout cela ?
Si une partie de votre nouvelle vie est encore construite pour que votre ex la voie, la regrette ou comprenne ce qu’elle a perdu, alors elle continue paradoxalement à occuper une place considérable dans cette nouvelle vie.
Outil 4 : le test de l’ex invisible
Avant une décision importante, posez-vous cette question :
« Est-ce que je ferais exactement la même chose si mon ex ne pouvait jamais l’apprendre ? »
Si la réponse est oui, vous êtes probablement en train de choisir pour vous.
Si la réponse est non, cela mérite simplement d’être regardé.
Sans jugement.
Demander de l’aide n’est pas perdre le contrôle
Certains hommes attendent longtemps avant de consulter.
Parce qu’ils pensent pouvoir régler seuls la situation.
Parce qu’ils ne veulent pas « parler de leur enfance pendant six mois ».
Parce qu’ils considèrent qu’ils n’en sont pas encore là.
Mais demander de l’aide après un divorce ne signifie pas nécessairement entrer dans une longue démarche thérapeutique.
Cela peut simplement permettre de comprendre ce qui est en train de se jouer, retrouver des repères, sortir d’une colère devenue envahissante ou commencer à imaginer l’après.
Et parfois, il existe des signaux qu’il ne faut pas banaliser : insomnies persistantes, isolement important, consommation d’alcool qui augmente, perte totale d’intérêt, idées noires ou sentiment que plus rien n’a de sens. Dans ces situations, il est important de parler rapidement à un médecin ou à un professionnel de santé.
Outil 5 : la question du dimanche soir
Une fois par semaine, accordez-vous dix minutes.
Pas davantage.
Posez-vous trois questions :
Qu’est-ce qui a été difficile cette semaine ?
Qu’est-ce qui m’a fait du bien ?
De quoi ai-je besoin la semaine prochaine ?
Pas « qu’est-ce que je dois faire ? ».
De quoi ai-je besoin ?
Pour certains hommes, cette nuance représente déjà un sacré changement.
Un homme peut être solide et avoir mal
Nous devrions probablement sortir d’une vieille opposition.
D’un côté, l’homme solide.
De l’autre, l’homme vulnérable.
Les deux peuvent parfaitement être le même homme.
On peut protéger ses enfants et pleurer lorsqu’ils sont partis.
On peut gérer son divorce et se sentir complètement perdu.
On peut être celui sur lequel tout le monde compte et avoir besoin, pour une fois, que quelqu’un demande :
« Et toi, comment tu tiens ? »
Traverser un divorce n’oblige pas un homme à devenir quelqu’un d’autre.
Il lui demande peut-être simplement de s’autoriser quelque chose que beaucoup ont appris à retenir depuis longtemps :
reconnaître ce qui fait mal sans considérer que cela les rend plus faibles.
Parce que se reconstruire après une séparation ne consiste pas à prouver que l’on n’a pas souffert.
C’est parvenir, progressivement, à faire quelque chose de cette souffrance.
Et à retrouver derrière l’ex-mari, derrière le père, derrière celui qui devait tenir, l’homme qui existe encore lorsque le Nous n’existe plus.
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