Femme choisissant un nouveau parfum après une séparation
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Après une séparation, faut-il changer de parfum ?

Il y a des objets que l’on partage dans un couple. Une maison, une voiture, une cafetière, parfois un compte bancaire et quelques meubles dont personne ne sait vraiment qui les avait achetés.

Et puis il y a des choses beaucoup plus intimes que l’on croit avoir choisies seul.

Notre parfum, par exemple.

On pourrait penser qu’un parfum n’appartient qu’à celui ou celle qui le porte. Pourtant, après plusieurs années de vie commune, il peut être devenu étrangement conjugal.

C’est celui qu’il aimait sur votre peau. Celui qu’elle vous avait offert à Noël. Celui que vous mettiez avant de sortir ensemble. Celui dont l’odeur flottait dans la salle de bains le matin. Celui qui accompagnait les vacances, les restaurants, les anniversaires, les disputes parfois, les réconciliations aussi.

Vous l’aviez peut-être choisi.

Mais avec le temps, le Nous l’avait adopté.

Et lorsque le Nous disparaît, certaines odeurs continuent de raconter une histoire que l’on essaie justement de quitter.

Le parfum est une petite machine à remonter le temps

Il suffit parfois de croiser quelqu’un dans une rue pour être brutalement ramené dix ou vingt ans en arrière.

Une odeur, et quelque chose revient avant même que nous ayons eu le temps d’y penser.

Une personne. Une chambre. Une maison. Un voyage. Une période entière de notre vie.

L’odorat entretient des liens particulièrement étroits avec les mécanismes cérébraux impliqués dans l’émotion et la mémoire. C’est notamment pour cela qu’une odeur peut réveiller avec une étonnante intensité des souvenirs que l’on croyait rangés depuis longtemps.

Le parfum n’est donc pas seulement un accessoire esthétique.

Il devient une empreinte.

Après une séparation, continuer à porter exactement le même parfum peut parfois ressembler à remettre chaque matin un vêtement appartenant à l’ancienne histoire.

Pas toujours, évidemment.

Si vous adorez votre parfum et qu’il vous ressemble profondément, aucune raison de jeter le flacon par la fenêtre. Le divorce coûte déjà suffisamment cher.

Mais si cette odeur vous rattache immédiatement à votre ancienne vie, une question mérite peut-être d’être posée :

Est-ce encore mon parfum ou est-ce le parfum de celui ou celle que j’étais dans le Nous ?

Passer du Nous au Je passe aussi par des détails

Après une séparation, nous pensons généralement aux grands changements.

Le logement. Les enfants. L’argent. Les amis. Les habitudes. Les vacances. Le dimanche soir.

Pourtant, la reconstruction se joue également dans une multitude de détails presque invisibles.

La place où l’on dort dans le lit, ce que l’on mange, la musique que l’on écoute, les vêtements que l’on choisit, les endroits où l’on décide désormais d’aller seul.

Et pourquoi pas son parfum ?

Changer de parfum ne reconstruira évidemment pas une vie. Mais choisir consciemment une nouvelle odeur peut devenir un marqueur de passage.

Non pas pour dire :

Je veux oublier mon ancienne vie.

Mais plutôt :

Je commence à découvrir celui ou celle que je deviens.

La nuance est essentielle.

Ne choisissez pas le parfum de votre rupture

Il y aurait pourtant un piège assez amusant.

Entrer dans une parfumerie deux semaines après la séparation, encore en colère, et décider :

Maintenant, je change tout.

Le risque serait alors de choisir non pas le parfum de votre nouveau Je, mais celui de votre réaction à l’ancien Nous.

Or se reconstruire ne consiste pas à devenir l’opposé de ce que l’on était.

Le Je n’est pas une revanche. C’est une redécouverte.

Prenez donc votre temps. Allez sentir des parfums sans forcément acheter. Essayez-les sur votre peau plutôt que sur une mouillette en papier. Sortez de la parfumerie. Marchez avec eux quelques heures.

Et surtout, pour une fois, oubliez le regard des autres.

Outil 1 : le test du « sans témoin »

Voici une expérience très simple.

Allez essayer votre futur parfum seul.

Pas avec votre meilleur ami. Pas avec votre sœur. Pas avec vos enfants. Et évidemment pas avec cette petite voix intérieure qui se demande encore : « Est-ce qu’il aurait aimé ? » ou « Est-ce qu’elle aurait trouvé que cela me va ? »

Choisissez un parfum qui vous attire et déposez-le sur votre peau.

Puis partez.

Vivez quelques heures avec lui avant de vous poser trois questions :

  • Est-ce que je me sens bien avec cette odeur ?
  • Est-ce qu’elle me ressemble aujourd’hui ?
  • Est-ce qu’elle m’emmène vers quelque chose de nouveau ou me ramène vers quelque chose d’ancien ?

Et n’achetez rien.

Revenez quelques jours plus tard. Recommencez l’expérience.

Si vous choisissez finalement ce parfum, vous aurez déjà accompli quelque chose de beaucoup plus important que sélectionner une fragrance : vous aurez pris une décision qui ne demande l’approbation de personne.

Une toute petite décision, certes.

Mais après des années de Nous, les petites décisions prises par Je ont parfois une saveur particulière.

Ou, dans ce cas précis, une odeur.

Outil 2 : offrez-lui son premier souvenir

Lorsque vous aurez trouvé ce nouveau parfum, je vous propose de ne pas le porter immédiatement tous les jours.

Choisissez plutôt le premier souvenir que vous allez lui offrir.

Un dîner avec des amis. Une journée au bord de la mer. Un concert. Un week-end ailleurs. Une première sortie seul. Une rencontre peut-être. Ou simplement une journée que vous avez décidé de vous offrir sans autre raison que l’envie de la vivre.

Ce matin-là, ouvrez votre nouveau flacon.

Et portez-le pour la première fois.

Il ne s’agit évidemment pas de croire qu’un parfum possède le pouvoir magique d’effacer une séparation. Il s’agit simplement de créer volontairement un premier repère sensoriel associé à votre nouvelle vie.

Votre ancien parfum possède déjà toute une bibliothèque de souvenirs.

Le nouveau commence avec une page blanche.

Et cette fois, c’est vous qui choisissez ce que vous allez écrire dessus.

Du Nous au Je… puis au Je(u)

Dans une séparation, il existe un moment où reconstruire ne suffit plus.

On a compris ce qui s’est terminé. On a traversé une partie de la douleur. On commence à reprendre sa place et à reconnaître celui ou celle que l’on est devenu.

Il reste alors une dernière porte à pousser :

s’autoriser l’après.

C’est là que le Je peut progressivement retrouver le Je(u).

Le jeu de la rencontre. Le jeu de la découverte. Le jeu du désir. Le jeu des projets. Le jeu de l’inattendu.

Le jeu de la vie, simplement.

Alors peut-être qu’un matin vous déposerez quelques gouttes de ce nouveau parfum sur votre peau.

Cette odeur ne racontera encore presque rien.

Elle n’appartiendra à aucun ancien voyage, aucun anniversaire, aucun dîner de couple. Personne ne vous aura dit qu’il l’aime. Personne ne l’aura choisi pour vous.

Et c’est précisément ce qui la rendra précieuse.

Parce que cette fois, ce n’est pas le Nous qui l’aura choisie.

C’est le Je.

Et au fil des jours, des rencontres, des voyages et des nouveaux souvenirs, elle deviendra peut-être tout simplement…

le parfum de votre nouveau Je(u).

À lire aussi : Qui suis-je maintenant que le Nous n’existe plus ?

Vous n’avez pas à traverser cette étape seul·e

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