Femme en rendez-vous avec son avocat pendant une procédure de divorce
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Dans un divorce, pourquoi préparer ses émotions avant de rencontrer son avocat ?

Divorce · Juridique

Colère, tristesse et ressentiment peuvent brouiller les décisions pendant un divorce. Découvrez comment préparer vos émotions avant votre rendez-vous avec un avocat.

Lorsque l’on traverse une séparation ou un divorce, prendre rendez-vous avec un avocat semble souvent être l’une des premières choses à faire. Et juridiquement, c’est parfois indispensable.

Pourtant, il existe une étape que beaucoup de personnes négligent avant cette première rencontre : mettre un peu d’ordre dans ce qui se passe émotionnellement.

Non pas pour arriver chez son avocat parfaitement calme, détaché et souriant. Ce serait parfois demander l’impossible.

Mais parce qu’un avocat a besoin de faits, de dates, de documents, de demandes précises et d’objectifs compréhensibles pour défendre efficacement son client.

Or une personne en pleine tempête émotionnelle n’a pas toujours accès à cette clarté.

Et pendant ce temps-là, le compteur des honoraires tourne.

Divorce : l’avocat travaille avec des faits, pas avec toute l’histoire du couple

Lors d’une séparation conflictuelle, il est parfaitement naturel d’avoir envie de raconter ce qui s’est passé.

Les humiliations. Les mensonges. Cette phrase prononcée devant les enfants. Le fameux dimanche chez les beaux-parents. Les messages découverts sur un téléphone. Les années pendant lesquelles on a eu l’impression de tout porter.

Tout cela peut avoir une importance immense pour la personne qui le vit.

Mais tout n’a pas nécessairement la même importance juridique.

C’est là que les rôles doivent être clairement distingués.

L’avocat est là pour conseiller et défendre juridiquement son client. Il n’est pas là pour traiter la colère, le sentiment d’abandon ou la blessure affective provoqués par la séparation.

Cela ne signifie évidemment pas qu’un avocat doit être froid ou indifférent. Beaucoup savent parfaitement accueillir la souffrance de leurs clients.

Simplement, son métier est ailleurs.

Plus la personne arrive à distinguer ce qu’elle ressent, ce qu’elle pense et ce qui s’est factuellement passé, plus le travail juridique peut devenir précis.

Quand la colère prend le volant du divorce

La colère n’est pas nécessairement mauvaise.

Elle peut signaler qu’une limite a été franchie, qu’une injustice a été ressentie ou qu’une situation n’est plus acceptable.

Le problème commence lorsqu’elle devient le principal conseiller stratégique.

On ne cherche alors plus seulement une solution juste.

On veut que l’autre paie.

On refuse une proposition raisonnable parce qu’elle vient de l’ex-conjoint. On engage une bataille sur un objet dont la valeur financière est parfois inférieure au coût de la discussion juridique. On multiplie les messages. On répond immédiatement à une provocation. On demande à son avocat d’intervenir sur chaque incident.

À ce moment-là, le divorce peut devenir une continuation du conflit conjugal par d’autres moyens.

Et le cabinet de l’avocat risque de devenir, malgré lui, une nouvelle pièce du couple.

La tristesse peut elle aussi brouiller les décisions

La colère est spectaculaire. La tristesse l’est parfois beaucoup moins.

Pourtant, elle peut elle aussi influencer fortement les décisions prises pendant une séparation.

Une personne qui espère encore sauver son couple peut accepter certaines choses uniquement pour maintenir un lien.

Une autre peut renoncer trop rapidement parce qu’elle n’a plus l’énergie de se battre.

Une autre encore peut repousser des décisions importantes parce que signer un document rendrait la séparation trop réelle.

C’est pourquoi préparer ses émotions avant de rencontrer son avocat ne signifie pas faire disparaître ses émotions.

Cela signifie éviter de leur confier seules les décisions qui auront parfois des conséquences pendant plusieurs années.

Ressentiment et divorce : quand le passé envahit le dossier

Le ressentiment possède une particularité : il transforme facilement chaque question présente en procès du passé.

La discussion porte sur l’organisation des prochaines vacances des enfants et, quelques minutes plus tard, on reparle d’un événement survenu cinq ans auparavant.

On discute de la maison et réapparaissent les sacrifices professionnels consentis pendant le mariage.

On évoque une dépense et ressurgissent toutes les anciennes disputes autour de l’argent.

Ces éléments peuvent parfois avoir une pertinence juridique. C’est précisément à l’avocat de déterminer ce qui compte juridiquement dans le dossier.

Mais lorsqu’ils apparaissent systématiquement dans chaque discussion, ils empêchent parfois de traiter le problème qui se trouve réellement sur la table.

Préparer émotionnellement un divorce, c’est aussi apprendre à ne pas faire comparaître quinze années de vie commune à chaque décision concernant mardi prochain.

Pourquoi cette préparation peut aussi réduire le coût d’un divorce

Il faut parler d’argent sans détour.

Un avocat facture son travail selon les modalités prévues dans sa convention d’honoraires. Selon les dossiers et les cabinets, certaines prestations peuvent notamment être facturées au temps passé ou faire l’objet d’un forfait.

Le temps consacré à lire des courriels, reprendre une chronologie confuse, identifier une demande au milieu d’un long récit ou répondre à des sollicitations répétées peut donc avoir un coût.

D’où une règle très simple :

pleurer chez son avocat a aussi un prix.

La formule peut sembler provocatrice. Elle ne signifie évidemment pas qu’il faudrait avoir honte de pleurer devant son avocat.

Elle signifie que chaque professionnel devrait pouvoir intervenir à l’endroit où il est le plus utile.

Lorsque l’émotion déborde, un accompagnement adapté peut offrir un espace pour la déposer, la comprendre et retrouver de la clarté.

Lorsque vient le rendez-vous juridique, cette clarté permet ensuite d’utiliser le temps de l’avocat pour ce qu’il sait faire : analyser la situation, expliquer le droit, construire une stratégie et défendre les intérêts de son client.

Comment préparer son premier rendez-vous avec un avocat en cas de divorce ?

Avant le rendez-vous, une feuille de papier peut parfois être plus utile qu’un dossier de cinquante pages posé en vrac sur la table.

Je conseille de la diviser en quatre parties.

Les faits.

Qu’est-ce qui s’est objectivement passé ? Depuis quand êtes-vous séparés ? Où vivent actuellement les enfants ? Quels sont les principaux éléments patrimoniaux ? Existe-t-il déjà des accords ou des désaccords précis ?

Mes priorités.

Qu’est-ce qui est réellement important pour moi ? La stabilité des enfants ? Le logement ? La protection financière ? La rapidité de la procédure ? La possibilité de préserver un dialogue parental ?

Mes questions.

Qu’est-ce que je veux comprendre à la fin du rendez-vous ?

Mes émotions.

Qu’est-ce qui risque de me faire perdre ma clarté pendant cette rencontre ? Qu’est-ce qui me met immédiatement en colère ? Qu’est-ce qui me fait peur ?

Cette dernière partie n’est pas nécessairement destinée à être remise à l’avocat.

Elle est d’abord destinée à soi.

Séparer trois choses : ce que je ressens, ce que je veux et ce que le droit permet

Une phrase peut changer énormément la qualité d’un rendez-vous :

« Voilà ce que je ressens. Voilà ce que je souhaite. Maintenant, dites-moi ce qui est juridiquement possible. »

Ces trois réalités ne coïncident pas toujours.

Je peux ressentir quelque chose de profondément injuste sans que cette situation constitue nécessairement une injustice au sens juridique.

Je peux vouloir obtenir quelque chose que le droit ne permet pas.

À l’inverse, je peux ignorer certains droits ou certaines possibilités que mon avocat pourra précisément m’expliquer.

Cette distinction permet de sortir progressivement du face-à-face avec l’ex-conjoint.

La question n’est plus seulement : « Comment vais-je gagner contre lui ou contre elle ? »

Elle devient : « Quelle solution dois-je construire pour ma vie après cette séparation ? »

Et lorsqu’il y a des enfants ?

C’est probablement là que la préparation émotionnelle devient encore plus importante.

Parce qu’une décision prise sous le coup de la colère entre deux adultes peut finir par organiser le quotidien d’un enfant.

Dans un conflit parental intense, la tentation peut être grande de vouloir démontrer que l’autre est un mauvais parent, de faire de chaque retard une preuve, de transformer chaque désaccord en dossier ou de demander implicitement à l’enfant de confirmer notre propre lecture de la situation.

Il faut alors retrouver une distinction essentielle :

l’ancien conjoint et le parent de notre enfant sont la même personne, mais ils n’occupent pas la même place dans notre histoire.

On peut avoir énormément de reproches à adresser à l’ancien conjoint et devoir néanmoins réfléchir séparément à l’intérêt de l’enfant et à la relation qu’il entretient avec chacun de ses parents.

Dans les situations de violence, d’emprise, de menace ou de danger pour un adulte ou un enfant, cette logique change évidemment : la priorité devient la protection et il faut solliciter rapidement les professionnels compétents.

Un divorce se joue aussi en dehors du cabinet de l’avocat

Un avocat peut remarquablement défendre un dossier.

Il ne peut pas, à lui seul, reconstruire la personne qui se trouve derrière ce dossier.

C’est pourquoi les dimensions juridique et émotionnelle ne devraient pas être opposées.

Elles sont complémentaires.

L’avocat travaille sur les droits, les obligations, les accords, les désaccords et la procédure.

Le travail émotionnel permet de retrouver suffisamment de stabilité pour prendre des décisions qui ne soient pas uniquement dictées par la colère, la peur, la culpabilité ou le désir de revanche.

Et lorsque chacun travaille à sa juste place, quelque chose change.

On ne demande plus à l’avocat de réparer le couple.

On lui demande de nous aider à organiser juridiquement sa fin.

Préparer ses émotions avant de rencontrer son avocat, ce n’est donc pas être moins humain. C’est arriver avec suffisamment de clarté pour que l’émotion ne décide pas à notre place.

Parce qu’au terme d’un divorce, l’enjeu n’est pas seulement d’obtenir un jugement.

Il faut encore vivre avec ce qui aura été décidé.

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